Dans l’espace de la Communauté Economique et Monétaire d’Afrique centrale, les rapports de force militaires restent profondément déséquilibrés.
Selon l’édition 2026 de l’indice Global Firepower, publiée le 23 janvier, le Tchad s’impose une nouvelle fois comme la première puissance militaire de la sous-région, loin devant ses partenaires communautaires. Le classement, établi à partir de plus de 60 critères mêlant effectifs, équipements, capacités opérationnelles, logistique, ressources énergétiques et budget de défense, met en évidence une hiérarchie régionale dominée par un acteur central, suivi d’États aux capacités plus limitées.
Le Tchad, puissance militaire dominante de la CEMAC
Classé 13ᵉ au niveau africain en 2026, en léger recul d’un rang sur un an, le Tchad demeure sans rival dans la CEMAC. Cette position s’explique par une armée façonnée par des décennies d’engagements militaires et de contraintes sécuritaires permanentes. Les forces armées tchadiennes, qui regroupent des troupes terrestres, une gendarmerie et une force aérienne, comptaient entre 40 000 et 65 000 soldats en 2021 selon les estimations disponibles.
L’effort budgétaire consenti par N’Djamena constitue un autre facteur déterminant. Les dépenses militaires représentaient 3,1 % du PIB en 2020 et encore 2,9 % en 2022, d’après West Africa Maps, un niveau élevé à l’échelle régionale. Surtout, la lutte contre les groupes jihadistes – Boko Haram, État islamique en Afrique de l’Ouest, factions affiliées à Al-Qaïda – a conduit le pays à développer des capacités de réaction rapide et une doctrine militaire fortement orientée vers le combat réel, renforcée par des alliances bilatérales en Afrique centrale et au-delà.
Le Cameroun, 2e force régionale mais en perte de vitesse
Derrière le Tchad, le Cameroun s’affirme comme la deuxième puissance militaire de la CEMAC, bien que son classement africain (99ᵉ) révèle un net décrochage par rapport aux standards continentaux. En 2026, le pays enregistre un recul de six places sur un an, la plus forte contre-performance de la sous-région.
Cette évolution traduit les limites d’un appareil militaire confronté simultanément à plusieurs fronts sécuritaires : la menace de Boko Haram dans l’Extrême-Nord et la crise armée dans les régions anglophones. Malgré des effectifs importants et une expérience opérationnelle réelle, le Cameroun pâtit d’un besoin accru de modernisation des équipements, d’optimisation de la chaîne logistique et d’une meilleure allocation des ressources de défense.
Congo et Gabon, des capacités militaires intermédiaires
Plus loin dans le classement, le Congo (117ᵉ en Afrique) et le Gabon (132ᵉ) occupent des positions intermédiaires au sein de la CEMAC. Leurs forces armées, relativement bien structurées à l’échelle nationale, restent néanmoins limitées en termes de projection, de puissance de feu et d’autonomie logistique. Leur posture militaire demeure essentiellement défensive, avec des capacités adaptées à la stabilité intérieure plutôt qu’à des engagements régionaux d’envergure.
La RCA, lanterne rouge régionale
La République centrafricaine ferme le classement régional, à la 143ᵉ place africaine. Fragilisées par des années de conflit interne, les forces armées centrafricaines restent largement dépendantes de soutiens extérieurs pour assurer la sécurité du territoire. Cette situation illustre les fortes disparités de capacités militaires au sein de la CEMAC, où coexistent une armée régionale dominante et des États aux moyens très contraints.
