Créée pour valoriser le potentiel hydroélectrique national, la société Electricity Development Corporation (EDC) vient de célèbrer deux décennies d'expansion stratégique sous le management du Dr Théodore Nsangou. Déccryptage.
Créée le 29 novembre 2006 par décret présidentiel avec un capital initial de 5 milliards de FCFA — porté par la suite à 15 milliards de FCFA —, Electricity Development Corporation (EDC) est née avec la mission d'assurer le développement, la gestion et l'exploitation des infrastructures hydroélectriques et de régulation d'eau pour le compte de l'État. Un tournant institutionnel majeur est intervenu le 4 mai 2020 avec la signature d'un décret de réorganisation élargissant significativement ses prérogatives, faisant désormais d'EDC le pivot opérationnel de la production et de la gestion de la ressource hydraulique à des fins énergétiques au Cameroun.
Réalisations
À l'heure du bilan de ce jubilé de porcelaine (2006-2026), l'empreinte de la société dirigée par Dr Théodore Nsangou s'illustre à travers la réalisation d'ouvrages majeurs d'interconnexion et de régulation. Joyau de cette ingénierie publique, le barrage de Lom Pangar, dont la première pierre a été posée le 3 août 2012 avant sa mise en service en juin 2017, offre une capacité de retenue d'eau exceptionnelle de 6 milliards de mètres cubes. Associé à une usine de pied de 30 MW et à une ligne de transport haute tension de 90 kV reliant le site à Bertoua, cet aménagement a permis de résoudre les délestages chroniques de la région de l'Est tout en électrifiant 150 localités sur son tracé.
« Ces deux décennies ont permis à l'EDC de s'affirmer comme un acteur stratégique du développement, en portant des projets emblématiques tels que le barrage de Lom Pangar, la centrale hydro-solaire de Mbakaou, ou encore la mise en valeur de nos ressources pour garantir l'accès à une énergie fiable et durable. Ces réalisations sont le fruit d'un engagement collectif, de la compétence de nos équipes et de la confiance de nos partenaires institutionnels, financiers et communautaires », dixit Dr Théodore Nsangou.
En réponse aux tensions de réseau du début des années 2010, EDC avait également piloté avec succès le Programme Thermique d'Urgence (PTU) lancé en décembre 2009, déployant 100 MW de capacités d'appoint réparties sur quatre centrales (Ahala, Mbalmayo, Bamenda et Ebolowa). Parallèlement à ces arbitrages conjoncturels, le déploiement d'infrastructures hydroélectriques a étendu le réseau électrique rural à près de 800 localités à travers huit régions du pays.
Cette montée en puissance s'est accompagnée d'une réappropriation stratégique des grands actifs hydrauliques du pays. EDC assure aujourd'hui l'exploitation technique et comptable des barrages de régulation historiques du bassin de la Sanaga (Bamendjin, Mapé et Mbakaou). De plus, l'intégration complète du complexe hydroélectrique de Memve'ele sur le fleuve Ntem dans le portefeuille de la société illustre ce recentrage. Pour l'exercice 2026, une enveloppe d'investissement de 4 milliards de FCFA est spécifiquement dédiée aux opérations de maintenance industrielle approfondie de cet ouvrage afin d'en garantir la pleine disponibilité sur le Réseau Interconnecté Sud (RIS).
Solidité financière et soutien au tissu industriel
L'évolution du profil opérationnel d'EDC s'est doublée d'un assainissement de ses indicateurs financiers. Grâce à une gouvernance axée sur l'optimisation des revenus de régulation et de vente d'énergie, l'entreprise à capitaux publics est parvenue à dégager une rentabilité durable. EDC a ainsi enregistré un résultat net bénéficiaire historique de 20,5 milliards de FCFA au terme de l'exercice 2024. Bien que l'exercice 2025 ait accusé un léger repli sous l'effet de régularisations comptables d'ajustement, la trajectoire financière de la société demeure largement bénéficiaire et consolide son autonomie de gestion.
Cette solidité du bilan ouvre la voie à de nouvelles formes de partenariats commerciaux avec le secteur privé national. Capable de garantir une puissance stable et un produit calibré pour l'industrie lourde, EDC devient un interlocuteur privilégié pour les grands consommateurs d'énergie. Des acteurs majeurs de la transformation locale, à l'instar du géant de la sidérurgie Prometal, engagent désormais des démarches de contractualisation directe pour l'achat de leur électricité auprès de la société publique, témoignant de l'impact direct de la maîtrise énergétique sur la compétitivité du tissu industriel national.
Ambition sous-régionale : le virage du mix énergétique
Pour entamer sa troisième décennie d'existence, l'énergéticien public déploie une feuille de route ambitieuse soutenue par un budget d'investissement de plus de 69 milliards de FCFA validé pour l'exercice 2026. Afin de renforcer sa signature financière et d'accroître sa capacité d'endettement sur les marchés de capitaux internationaux, un projet de recapitalisation visant à porter le capital social de 15 à 25,2 milliards de FCFA est actuellement en cours de finalisation.
L'axe stratégique majeur des années à venir repose sur la diversification des sources de production et la mise en valeur des réseaux d'exportation d'énergie. Symbole de cette mutation vers le mix renouvelable, le méga-complexe hybride hydro-solaire de Mbakaou combine une capacité hydroélectrique de 288 MW et une centrale solaire photovoltaïque de 111 MW. Ce projet d'envergure vise non seulement à combler le déficit énergétique du Grand Nord, mais pose également les jalons d'un positionnement stratégique à l'échelle régionale, en ouvrant la voie à des exportations d'électricité vers les marchés voisins du Tchad et du Nigeria. En deux décennies, EDC s'est ainsi imposée comme le garant indissociable du patrimoine énergétique et de l'essor industriel du Cameroun.
