À quelques mois du lancement du chantier de reconstruction de ses installations détruites par l'incendie de mai 2019, la Société nationale de raffinage (Sonara) du Cameroun présente une situation financière contrastée. Si l'entreprise publique renoue avec un bénéfice d'exploitation en 2025, elle reste plombée par un endettement à court terme de 701,7 milliards de FCFA et une perte nette de 76,2 milliards de FCFA, selon ses états financiers normalisés arrêtés au 31 décembre 2025. En un an, les dettes à court terme ont progressé de 189,9 milliards de FCFA (+37,1 %), soit un niveau pratiquement équivalent au coût estimatif de la reconstruction de la raffinerie, évalué à 700 milliards de FCFA.
L'alourdissement de cet endettement est principalement imputable aux dettes fiscales, sociales et commerciales. Les créances dues à l'administration fiscale et aux organismes sociaux culminent désormais à 477,6 milliards de FCFA, contre 359,8 milliards un an plus tôt, soit une hausse de 117,8 milliards (+32,7 %). Elles représentent à elles seules 68,1 % des engagements à court terme de la société. Dans le même temps, les dettes envers les fournisseurs d'exploitation ont bondi de 49 %, passant de 142,9 milliards à 212,9 milliards de FCFA. À eux seuls, ces deux postes totalisent 690,5 milliards de FCFA, soit 98,4 % des dettes à court terme de la Sonara. À l'inverse, les crédits de trésorerie contractés auprès des banques ont été fortement réduits, leur encours reculant de 55,2 milliards à 15 milliards de FCFA en un an.
Reprise de l’activité commerciale
Cette dégradation du bilan intervient pourtant dans un contexte de forte reprise de l'activité commerciale. Privée de capacités de raffinage depuis le sinistre de 2019, la Sonara poursuit son activité à travers l'importation et la commercialisation de produits pétroliers. Son chiffre d'affaires a ainsi plus que doublé en 2025 pour atteindre 317,7 milliards de FCFA, contre 138 milliards un an auparavant (+130,2 %), essentiellement grâce aux ventes de produits pétroliers importés, qui se sont élevées à 311,5 milliards de FCFA. Toutefois, cette dynamique s'est accompagnée d'une hausse encore plus marquée des achats de marchandises, passés de 145,7 milliards à 339,3 milliards de FCFA (+132,9 %). Malgré cette pression sur les coûts, la marge commerciale a été multipliée par près de quatre, atteignant 16,2 milliards de FCFA, contre 4,3 milliards en 2024.
Les comptes de la Sonara traduisent ainsi un paradoxe financier. L'entreprise est parvenue à redresser significativement ses performances opérationnelles, avec un excédent brut d'exploitation (EBE) de 28,4 milliards de FCFA, contre un déficit de 7,2 milliards en 2024, puis un résultat d'exploitation bénéficiaire de 19 milliards, après une perte de 14 milliards un an plus tôt. Cette amélioration repose notamment sur le maintien d'un soutien public important, les subventions d'exploitation ayant atteint 84,1 milliards de FCFA en 2025, en hausse de 4 %, ainsi que sur une baisse spectaculaire des impôts et taxes comptabilisés en charges d'exploitation, tombés de 71,3 milliards à 11,3 milliards de FCFA. Ces progrès opérationnels n'ont cependant pas suffi à compenser le poids des charges financières et des autres éléments non opérationnels, conduisant à un creusement de la perte nette de 81,6 %, à 76,2 milliards de FCFA, illustrant les défis financiers auxquels la Sonara reste confrontée à l'heure où se profile sa reconstruction.
