A Brazzaville le 22 janvier 2026, les chefs d’État de la CEMAC ont ordonné une série de mesures fiscales et monétaires pour enrayer l’affaiblissement des économies de la sous-région. En ligne de mire : la reconstitution des réserves de change, le rapatriement de milliards de FCFA logés à l’étranger et la préservation de la stabilité du franc CFA.
Réunis en sommet extraordinaire ce 22 janvier 2026 à Brazzaville, les chefs d’État de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) ont acté une série de réformes jugées urgentes pour contenir les fragilités croissantes des économies de la sous-région. Sous la présidence du chef de l’Etat congolais Denis Sassou Nguesso, les dirigeants ont cherché à conjurer le spectre d’un choc économique et monétaire redouté dès le premier trimestre 2026, dans un contexte marqué par l’érosion des réserves de change et des tensions persistantes sur le franc CFA.
Cette rencontre, initiée quelques mois seulement après un précédent sommet tenu à Bangui en septembre 2025, traduit l’aggravation des déséquilibres macroéconomiques dans les six États membres – Cameroun, Congo, Gabon, Tchad, Guinée équatoriale et République centrafricaine. La croissance régionale reste atone, pénalisée par la volatilité des prix des matières premières, les chocs climatiques récurrents et le durcissement des conditions financières internationales. Autant de facteurs qui fragilisent les équilibres budgétaires et extérieurs, et réduisent la marge de manœuvre des États.
Rapatriement des fonds RES
Au cœur des décisions prises à Brazzaville figure l’accélération du rapatriement des avoirs publics et des revenus d’exportation encore détenus à l’étranger, en particulier ceux issus des industries extractives. Les chefs d’État ont donné instruction aux gouvernements de mettre en œuvre sans délai le retour de ces flux, considérés comme essentiels pour restaurer la liquidité du système bancaire régional et soutenir les réserves de change de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC).
Une attention particulière a été portée aux fonds destinés à la restauration environnementale des sites miniers et pétroliers. Estimés entre 3 000 et 6 000 milliards de francs CFA, ces montants, constitués par les compagnies pétrolières internationales pour la dépollution en fin d’exploitation, sont encore majoritairement logés dans des banques étrangères. Les dirigeants ont exhorté les États à finaliser les négociations avec les entreprises concernées afin de domicilier ces fonds auprès de la BEAC, conformément à la réforme engagée par la banque centrale avec l’appui du Fonds monétaire international.
Cette mesure, déjà annoncée en 2025, s’est toutefois heurtée à de fortes réticences du secteur pétrolier, inquiet d’un durcissement des contraintes opérationnelles et d’une moindre flexibilité dans la gestion de ses engagements financiers. À Brazzaville, les chefs d’État ont assumé une ligne de fermeté, estimant que la souveraineté monétaire et la stabilité financière régionale justifient ces arbitrages, au moment où les pressions sur les comptes extérieurs s’intensifient.
Programmes avec le FMI
Au-delà de la question des fonds extractifs, le sommet a réaffirmé la nécessité pour les États membres d’accélérer ou de finaliser leurs programmes économiques et financiers avec le FMI. Les dirigeants ont insisté sur l’alignement strict des budgets nationaux avec les engagements pris, notamment en matière de viabilité de la dette, de discipline budgétaire et de consolidation des positions extérieures. Une exigence qui souligne la dépendance persistante de la région à l’appui des partenaires financiers internationaux.
En filigrane, les travaux de Brazzaville traduisent une prise de conscience politique face à la dégradation des fondamentaux économiques de la CEMAC. Reste désormais à mesurer la capacité des États à traduire ces décisions en actes concrets, dans des environnements nationaux souvent contraints par des tensions sociales, des échéances politiques et une faible diversification économique. Pour la sous-région, le temps presse : la crédibilité du cadre monétaire commun et la stabilité du franc CFA en dépendent.
