En maintenant inchangés ses principaux taux directeurs lors du Comité de politique monétaire d’avril 2026, la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) confirme une ligne de conduite désormais assumée : préserver les équilibres monétaires avant de soutenir la croissance. Le Taux d’intérêt des appels d’offres (TIAO) reste fixé à 4,75 %, malgré une activité économique régionale qui ralentit plus vite qu’anticipé. Pour la banque centrale dirigée par Yvon Sana Bangui, l’enjeu prioritaire demeure la protection des réserves de change et de la stabilité du Franc CFA dans un environnement international encore volatil.
Cette prudence intervient pourtant dans une conjoncture moins favorable pour la CEMAC. La BEAC ne projette plus qu’une croissance régionale de 2,9 % en 2026, contre 3,3 % initialement attendus. Derrière cette révision se dessine l’essoufflement progressif du moteur pétrolier sous-régional. Plusieurs pays producteurs voient leur capacité d’extraction stagner, tandis que le ralentissement de la demande mondiale et les tensions géopolitiques continuent de peser sur les échanges. Pour des économies encore fortement dépendantes des hydrocarbures, le choc affecte simultanément les recettes publiques, les investissements et les comptes extérieurs.
Fragilités
Dans ce contexte, la BEAC considère qu’un assouplissement monétaire serait prématuré. Certes, l’inflation devrait revenir à 2,3 % en moyenne en 2026, sous le seuil communautaire de 3 %. Mais la désinflation reste fragile. Les prix des produits importés, les coûts logistiques et les perturbations des chaînes d’approvisionnement continuent d’alimenter des tensions sur les marchés domestiques. En réalité, la banque centrale redoute qu’une baisse des taux ne relance les importations et accentue les pressions sur les réserves en devises, principal pilier de la stabilité du régime de change.
Car l’amélioration des réserves de change constitue aujourd’hui le principal point d’appui de la stratégie monétaire régionale. La couverture des importations devrait atteindre 4,52 mois fin 2026, contre 4,22 mois en 2025, tandis que le taux de couverture extérieure de la monnaie progresserait à 68 %. Pour la BEAC, ces indicateurs traduisent le retour d’une crédibilité monétaire après les fortes tensions observées ces dernières années sur les comptes extérieurs de la sous-région. La banque centrale privilégie donc une consolidation graduelle de ces équilibres plutôt qu’un soutien immédiat à l’activité.
Cette orientation n’est toutefois pas sans coût pour les économies de la CEMAC. En maintenant des conditions monétaires restrictives, la BEAC prolonge un environnement de crédit élevé qui pèse déjà sur l’investissement privé et la capacité de financement des entreprises. L’institution parie parallèlement sur une réduction du déficit budgétaire régional, attendu à 2,2 % du PIB en 2026 contre 4,8 % en 2025. Autrement dit, la banque centrale pousse les États vers davantage de rigueur au moment même où la croissance ralentit. Un choix de stabilité qui sécurise le Franc CFA, mais qui risque aussi d’installer durablement la sous-région dans une croissance modérée.
