Le port de Pointe-Noire dispose d’un potentiel encore largement sous-exploité dans la logistique régionale. Dans son diagnostic sur le Congo, la Société financière internationale (SFI) identifie plusieurs réformes susceptibles d’attirer jusqu’à 114 milliards de FCFA d’investissements privés dans les cinq prochaines années. Décryptage.
Le port de Pointe-Noire pourrait devenir l’un des principaux leviers de diversification de l’économie congolaise, à condition que l’État s’attaque aux principaux blocages qui pénalisent encore la chaîne logistique. Dans son Diagnostic-pays du secteur privé consacré à la République du Congo, finalisé le 29 juin, la Société financière internationale (SFI) estime que l’amélioration du fonctionnement du corridor Pointe-Noire - Brazzaville pourrait contribuer à attirer entre 70 et 200 millions de dollars d’investissements privés, soit environ 42 à 114 milliards de FCFA, au cours des cinq prochaines années. L’institution estime également que cette dynamique pourrait générer 2 000 à 6 000 emplois.
Perspectives
Cette perspective repose notamment sur la montée en puissance du port en eau profonde de Pointe-Noire, dont la capacité de traitement des conteneurs doit passer de 1 million à 2,5 millions d’EVP par an d’ici 2027. Mais pour la SFI, l’enjeu n’est plus uniquement d’accroître la capacité portuaire : il s’agit désormais de transformer cette infrastructure en véritable plateforme logistique régionale. Près de 80 % des conteneurs arrivant à Pointe-Noire sont actuellement destinés au transbordement, dont une partie vers la République démocratique du Congo via Matadi, tandis qu’environ 20 % seulement entrent sur le marché congolais. Ce modèle limite les retombées économiques locales, notamment dans l’entreposage, le transport routier, les ports secs et les autres services logistiques.
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Le potentiel se situe donc dans le développement du trafic de transit vers Brazzaville et la RDC. Selon le diagnostic, le trafic de conteneurs de transit au Congo a progressé de 9,6 % par an entre 2019 et 2024, contre 1,1 % pour le transbordement. Une augmentation d’au moins 100 000 conteneurs supplémentaires pourrait être rendue possible par la levée des principaux obstacles au corridor. Cette progression créerait un marché pour les entrepôts, le transport de marchandises, la chaîne du froid, le suivi des conteneurs ainsi que les services de maintenance et de sécurité. La croissance des échanges de produits agricoles, de poissons frais ou congelés et de produits médicaux pourrait notamment stimuler la demande pour des infrastructures logistiques spécialisées.
Contraintes
Mais plusieurs contraintes opérationnelles empêchent encore les opérateurs privés de tirer pleinement parti de cette opportunité. La SFI relève entre autres le décalage entre les horaires des services douaniers et ceux du port, qui fonctionne en continu : les conteneurs traités en dehors des heures habituelles peuvent notamment entraîner des frais supplémentaires de 35 000 FCFA par dossier. L’institution pointe également des inspections jugées insuffisamment fondées sur le risque, qui peuvent multiplier les scans et contrôles physiques, ainsi que la coexistence de plusieurs procédures et plateformes douanières. Selon les données citées dans le diagnostic, les démarches auprès des administrations concernées représentent plus de 60 % des retards dans le traitement des conteneurs entrant au Congo.
Recommandations
Pour lever ces obstacles, la SFI préconise l’instauration d’équipes douanières tournantes de huit heures couvrant 24 heures sur 24, afin d’aligner le fonctionnement des douanes sur celui du port. Elle recommande aussi de basculer vers des inspections davantage fondées sur le risque, en exploitant les données disponibles sur les marchandises, leur origine et l’historique de conformité des importateurs. L’autre réforme consiste à intégrer les différents dispositifs de dédouanement dans une plateforme douanière unique, avec une procédure et une redevance unifiées permettant notamment d’effectuer les formalités avant l’arrivée des conteneurs. E plus, l’institution appelle à adapter les programmes de formation aux besoins réels des entreprises du secteur de la logistique.
Pour le Congo, l’enjeu dépasse ainsi la seule performance du port de Pointe-Noire. La mise en œuvre de ces réformes pourrait permettre au pays de capter une part plus importante de la croissance des échanges en Afrique centrale, notamment avec la RDC, tout en favorisant l’émergence d’activités privées autour du corridor Pointe-Noire-Brazzaville. La SFI estime d’ailleurs qu’un transfert plus important des flux actuellement orientés vers l’axe Matadi-Kinshasa vers le corridor congolais pourrait accroître encore le potentiel d’investissement et d’emploi identifié.
