Nommé président du Fonds Gabonais d'Investissements Stratégiques (FGIS), Charles Mba hérite d’un portefeuille d’actifs estimé à plus de 1 000 milliards FCFA, dans un contexte où le Gabon ambitionne de mobiliser plus de 4 500 milliards FCFA pour financer 293 projets structurants d’ici 2030.
Le Gabon confie l’un de ses principaux instruments financiers à un profil rompu aux enjeux budgétaires et à la gestion de la dette publique. L’ancien ministre des Comptes publics et de la Dette, Charles Mba, a été nommé président du conseil d’administration du Fonds Gabonais d'Investissements Stratégiques (FGIS). Cette nomination intervient dans un contexte où le Gabon cherche à accélérer sa diversification économique et à renforcer la gouvernance de ses outils publics d’investissement. Après avoir piloté les finances de l’État dans une période marquée par les tensions de trésorerie et les besoins croissants de financement, Charles Mba se retrouve désormais au cœur de la stratégie de mobilisation du capital public gabonais.
Créé pour soutenir les investissements stratégiques et réduire la dépendance du pays aux revenus pétroliers, le FGIS occupe une place centrale dans la nouvelle architecture économique voulue par Libreville. Le fonds est appelé à accompagner plusieurs véhicules d’investissement sectoriels destinés à financer l’énergie, l’eau, l’habitat, l’agriculture, la pêche, l’aquaculture ou encore les infrastructures. Cette montée en puissance intervient alors que le gouvernement prépare le Plan national de croissance et de développement (PNCD 2026-2030), qui prévoit de porter le taux d’investissement global de 32,7 % du PIB en 2026 à 37,5 % en 2030 afin de soutenir une croissance annuelle moyenne de 4 %. La stratégie repose sur un portefeuille de 293 projets structurants évalués à plus de 4 500 milliards FCFA.
1 000 milliards de FCFA d’actifs
Dans cette dynamique, le FGIS devra jouer un rôle clé dans la mobilisation des financements et l’orientation des capitaux vers les secteurs jugés prioritaires. Selon les données communiquées par le fonds en 2025, les actifs sous gestion atteignent près de 1,89 milliard de dollars, soit plus de 1 000 milliards FCFA. Le portefeuille couvre des participations stratégiques dans les infrastructures routières, ferroviaires, énergétiques et aéroportuaires, mais aussi dans le logement, les mines, l’agriculture, le numérique ainsi que la transformation locale du bois et du manganèse. Pour les autorités gabonaises, le FGIS doit progressivement évoluer d’un simple véhicule de participation publique vers un véritable levier de souveraineté économique et de transformation industrielle.
La mission de Charles Mba s’annonce toutefois délicate. Au-delà des enjeux de gouvernance et de crédibilité vis-à-vis des investisseurs, le nouveau président du conseil d’administration devra également améliorer la performance financière du fonds. Les comptes 2024 du FGIS montrent un total bilan de 14,038 milliards FCFA, en hausse de 19 %, mais un résultat net déficitaire de 866 millions FCFA. Cette perte s’explique notamment par une provision de 50 % passée sur une créance dont le recouvrement apparaît compromis à court terme. Dans un environnement où les agences de notation, les bailleurs et les marchés surveillent de près la trajectoire budgétaire du Gabon, la capacité du FGIS à sécuriser ses investissements, réduire le risque sur ses actifs et produire des résultats tangibles sur l’économie réelle sera déterminante. Pour Charles Mba, dont le parcours a été marqué par les questions de dette, de discipline budgétaire et de confiance des créanciers, cette nouvelle fonction représente autant un défi financier qu’un test de crédibilité pour la stratégie économique gabonaise.
