Conjoncture

Intelligence artificielle : le Gabon fait cavalier seul en zone CEMAC

vendredi, 22 mai 2026 09:15
3 min de lecture
12,603 vues
615
264
Intelligence artificielle : le Gabon fait cavalier seul en zone CEMAC

La fracture numérique globale s’invite au cœur de l'Afrique centrale, dessinant une trajectoire à deux vitesses saisissantes. L’étude de référence « Global AI Diffusion - Q1 2026 Trends and Insights » publiée le 7 mai dernier par le géant technologique américain Microsoft met en exergue l'émergence d'un champion sous-régional inattendu. Le Gabon s'adjuge en effet une prestigieuse troisième place à l'échelle continentale, ex aequo avec la Libye, affichant un taux de pénétration de 15 % auprès des 15-64 ans. Libreville talonne la Namibie (15,1 %) et l'Afrique du Sud (23,1 %), prouvant une réelle appétence de son économie pour les outils transformationnels de type ChatGPT, Gemini ou Claude.

 

Cette percée gabonaise relève toutefois de l’exception géographique tant le reste de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) accuse un retard structurel homogène. Derrière le Grand Bond de Libreville, un peloton de quatre nations — le Cameroun, la République centrafricaine, le Tchad et la République du Congo — se retrouve figé à la 38e place ex aequo du classement continental. Dans ces pays, le niveau d'adoption de l'IA générative plafonne péniblement à 8,7 % de la population connectée, illustrant l'immensité du fossé technologique qui sépare désormais des voisins pourtant intégrés économiquement.

 

Ce grand écart sous-régional tend à valider les conclusions globales du rapport de Microsoft quant au creusement systémique des inégalités numériques entre pays développés et en développement. Au premier trimestre 2026, l'usage des agents de la GenAI a progressé à l'échelle mondiale pour atteindre une moyenne de 17,8 %, portée par des chefs de file insolents comme les Émirats arabes unis (70,1 %) ou la France (47,8 %). Mais derrière cette dynamique se cache une polarisation croissante : la moyenne d'adoption culmine à 27,5 % dans les pays du Nord, en progression rapide, quand celle des pays du Sud végète à 15,4 % avec un rythme de croissance deux fois moindre.

 

Le cas d’école de la zone CEMAC résume à lui seul les freins endémiques identifiés par les experts du secteur pour expliquer ce décrochage. Si le Gabon tire son épingle du jeu grâce à des investissements ciblés dans ses infrastructures de connectivité et un taux d'urbanisation élevé, ses pairs partagent les stigmates des marchés du Sud dits de « seconde vague ». L'accès irrégulier à une électricité stable, la faiblesse des réseaux internet à haut débit en zone rurale et un déficit chronique de compétences numériques avancées constituent d'inexorables barrières à l'entrée pour les technologies cognitives.

 

Continuer la lecture

NEWSLETTER

Recevez nos dernières actualités économiques directement dans votre boîte mail.