Cinq ans après l’incendie qui a paralysé ses installations, la Société nationale de raffinage (Sonara) dispose déjà de 479 milliards FCFA placés à la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Une réserve financière constituée pour réduire son endettement massif et préparer sa future réhabilitation, dont les études de faisabilité sont toujours en cours.
Au lendemain de la catastrophe survenue le 31 mai 2019, le gouvernement avait instauré un mécanisme spécifique pour soutenir la raffinerie : un prélèvement de 47,88 FCFA sur chaque litre de carburant vendu à la pompe. Depuis son lancement en mars 2020, ce dispositif a permis de mobiliser près de 500 milliards FCFA, selon les chiffres présentés le 28 novembre devant les députés par le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba. À la date du 31 octobre 2025, 479 milliards FCFA avaient été reversés dans un compte logé à la BEAC et dédié à l’assainissement de la situation financière de la Sonara.
L’entreprise affichait en effet une dette avoisinant 600 milliards FCFA après l’incendie, répartie entre 284 milliards FCFA de dettes bancaires et 312 milliards FCFA envers les traders et fournisseurs de brut. À partir de 2021, l’État a engagé une vaste opération de restructuration. Une convention de 261,4 milliards FCFA a ainsi été signée avec un pool de neuf banques pour rééchelonner la dette bancaire. Du côté des traders, des accords ont été conclus successivement avec Vitol pour un montant de 185 milliards FCFA, puis avec Pstv Dmcc pour 8,5 milliards FCFA. D’autres fournisseurs majeurs tels que Trafigura, Mercuria Energy Trading, Petra Energy ou Addax Energy ont également fait évoluer leurs modalités de remboursement. D’après la Caisse autonome d’amortissement (CAA), la dette intérieure de la Sonara atteignait encore 205,5 milliards FCFA à fin septembre 2025, tandis que l’encours global culminait à 573,5 milliards FCFA.
Malgré les ressources financières mobilisées, la reconstruction de la raffinerie demeure en attente. En février 2025, l’entreprise française Axens a été retenue pour conduire les études de faisabilité sur une période de quarante-deux semaines. Ces travaux doivent préciser la configuration technique optimale de la future installation et en estimer le coût. Une évaluation préliminaire menée par Ekiun Ltd avait déjà conclu que 75 % des équipements endommagés pourraient être récupérés ou remis en service, un élément susceptible de réduire la facture globale.
Parallèlement, les pouvoirs publics ont défini un plan de relance articulé autour de la recapitalisation de la société, de la réhabilitation de l’outil industriel et de la mise à niveau organisationnelle et technique du personnel. Le financement global est évalué à 300 milliards FCFA. Il reposerait sur le nantissement de deux rubriques de la structure des prix des produits pétroliers — le soutien à la raffinerie et la modernisation des infrastructures — dans le cadre d’une convention tripartite entre la Sonara, le ministère des Finances et le futur partenaire financier.
Plusieurs institutions étrangères ont d’ores et déjà manifesté leur intérêt. En juin dernier, l’Union de Banques Arabes et Françaises (UBAF), le groupe néerlandais ING et Mauritius Commercial Bank (MCB) ont exprimé leur volonté d’accompagner la relance de l’entreprise. La China National Chemical Engineering Company (CNCEC) a également proposé son expertise pour appuyer la reconstruction et la modernisation des installations.
