Finances publiques

Londres : le Cameroun choisit de faire "les yeux doux" aux investisseurs plutôt que de s'endetter

mercredi, 16 septembre 2026 11:02
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Londres : le Cameroun choisit de faire "les yeux doux" aux investisseurs plutôt que de s'endetter

La délégation conduite par le ministre camerounais des Finances, Louis Paul Motaze est rentrée de Londres sans avoir levé le moindre sou.

 

Les 9 et 10 septembre 2026, le Cameroun a présenté à Londres son potentiel économique et son portefeuille de grands projets à des investisseurs et institutions financières, dans le cadre d’un "Market Sounding" organisé avec le Commonwealth Enterprise and Investment Council (CWEIC). Conduite par le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, la délégation camerounaise est rentrée sans avoir levé le moindre sou.

 

Si Yaoundé assure qu’il ne s’agissait pas de mobiliser immédiatement des fonds, l’absence d’engagement financier annoncé au terme de la mission pose surtout la question de la capacité du pays à transformer ses projets en opérations suffisamment structurées et bancables pour attirer les capitaux privés. La mission camerounaise est arrivée à Londres avec un argumentaire articulé autour des besoins de financement de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30) et du potentiel de l’économie camerounaise.

 

Dans son message en amont du déplacement, le ministère des Finances évoquait une enveloppe d’investissement estimée à environ 134 milliards d’euros pour la SND30, dont près de 45 % devraient provenir des partenaires au développement et des capitaux privés. Énergie, hydroélectricité, transports, logistique, agro-industrie, mines, numérique ou encore infrastructures urbaines figuraient parmi les secteurs mis en avant.

 

Un "lèche-vitrine" financier

 

Mais le discours officiel a été précisé après les rencontres. Dans son bilan, le ministère explique qu’il « ne s’agissait pas d’une opération de levée de fonds ni d’une démarche visant à accroître immédiatement l’endettement public ». Mais que ce roadshow répondait d’abord à une démarche consistant à « sonder le marché, recueillir les attentes de la communauté financière et préparer les conditions permettant de transformer des projets camerounais en investissements concrets ».

 

Autrement dit, le rendez-vous londonien était moins celui de la signature que celui de la préparation. Les investisseurs devaient notamment être interrogés sur leur perception du risque, les garanties recherchées, les instruments financiers susceptibles de convenir et les conditions nécessaires à un engagement de long terme.

 

Cette nuance est importante pour apprécier le résultat de la mission. Le Cameroun n’a annoncé ni emprunt conclu ni montant de capitaux mobilisés à Londres. Mais le ministère ne présente pas cette absence de levée comme un indicateur de résultat : il affirme vouloir « investir plutôt qu’emprunter davantage », en privilégiant des financements correspondant à la nature et à la rentabilité des projets. Cette approche doit permettre, selon le gouvernement, de mobiliser davantage de capitaux privés à travers des montages associant plusieurs partenaires et une meilleure répartition des risques.

 

Projets bancables

 

Reste désormais l’épreuve de la bancabilité. Présenter un potentiel hydroélectrique de plus de 12 GW, des besoins considérables en infrastructures ou une économie représentant environ 44 % du PIB de la CEMAC ne suffit pas, en soi, à déclencher une décision d’investissement. Pour passer du market sounding au financement, chaque projet devra être suffisamment documenté sur ses coûts, ses revenus futurs, son cadre juridique, les risques qu’il comporte et les mécanismes permettant de les répartir entre l’État, les investisseurs et les éventuels partenaires financiers. C’est précisément sur ce terrain que les discussions engagées à Londres devront désormais produire des résultats vérifiables.

 

Le ministère met d’ailleurs en avant une palette d’instruments qui dépasse le seul emprunt souverain : garanties, mécanismes de partage des risques, financements mixtes et obligations vertes, sociales ou durables. L’enjeu est de ne plus faire de l’endettement public l’unique réponse aux besoins d’investissement. Mais cette stratégie ne signifie pas la disparition du risque pour les finances publiques. Une garantie apportée à un projet, une participation de l’État ou un mécanisme de financement mixte peuvent également créer des engagements directs ou contingents qu’il faudra mesurer et maîtriser.

 

C’est pourquoi le véritable bilan du rendez-vous londonien se jouera dans les prochains mois. Dans son premier message, le ministère affirmait que l’ambition était de passer de la simple promotion du « potentiel Cameroun » à des « projets structurés, bancables et attractifs pour les investisseurs ». Dans le second, il explique que les informations recueillies auprès de la communauté financière doivent permettre « d’affiner la préparation des projets » et d’identifier les mécanismes de financement adaptés. La prochaine étape est donc claire : transformer les échanges en études approfondies, en partenariats, en lettres d’intention, en mandats de structuration et, à terme, en financements effectivement mobilisés.

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