Au Cameroun, le Port Autonome de Kribi (PAK) fait l’objet de débats suite à sa position dans l'édition 2025 du "Container Port Performance Index" (CPPI) publiée par la Banque mondiale et S&P Global Market Intelligence. Une lecture hâtive de ce classement occulte l’essentiel : Kribi n’est pas un port en difficulté, c’est une plateforme victime de son propre succès. Décryptage.
Le chiffre a certes interpellé. Dans l'édition 2025 du CPPI, publiée en juin 2026 par la Banque mondiale et S&P Global Market Intelligence, le Port autonome de Kribi occupe le 395e rang sur 400 ports étudiés, affichant ne perte de points. Si cette trajectoire traduit un allongement du temps passé par les navires sur la plateforme, elle ne signifie en rien que Kribi est devenu un port improductif. Au contraire. Le CPPI mesure en effet une séquence très spécifique : le temps d’escale des navires, corrigé en fonction de leur taille et du nombre de mouvements réalisés. Sans prendre en compte ni la connectivité internationale, ni la complexité des opérations, ni la valeur des marchandises, ni la contribution du port à l'économie nationale.
Or, cette distinction est capitale. Un port peut afficher un temps d'escale élevé précisément parce qu'il gère des volumes croissants, attire des navires de plus grande envergure et développe massivement ses activités de transbordement. Et c’est le cas de la plateforme portuaire de Kribi où les données montrent que 183 escales ont été intégrées en 2025, les navires passant 47,3 % de leurs heures portuaires à quai. Ce pourcentage global inclut des dynamiques complexes où la performance des portiques (qui atteignent ou dépassent 24 mouvements par heure) se heurte à la cadence globale de la chaîne logistique, et non à un manque d'efficacité intrinsèque des équipements du terminal.
Quand la croissance bouscule la logistique terrestre
Les explications des responsables du PAK l'attestent : le défi réside dans l'organisation des flux autour du terminal à conteneurs. La forte hausse du trafic et le développement de la plaque tournante du transbordement exercent une pression naturelle sur les espaces de stockage. Lorsque le parc à conteneurs est très sollicité, chaque mouvement de manutention requiert une rigueur accrue pour réorganiser les piles de marchandises.
Pour répondre à cette exigence, le PAK a engagé dès 2026 une extension de huit hectares de son parc à conteneurs, tout en travaillant à l'optimisation de l'évacuation terrestre et au projet structurant d'un port sec (Inland Container Depot). Agrandir et fluidifier l'arrière-pays logistique permet d'accompagner sereinement une courbe ascendante qui ne faiblit pas. Loin d'un déficit structurel, Kribi fait face aux ajustements normaux d'une plateforme moderne dont les ambitions ont surperformé son environnement immédiat.
Des chiffres qui témoignent d’un succès éclatant
Les performances globales enregistrées depuis l'inauguration du port en 2018 racellent la véritable histoire de Kribi : celle d'une réussite économique majeure. En huit ans, la plateforme a comptabilisé environ 3 400 escales, traité plus de deux millions d'EVP et manutentionné plus de 93 millions de tonnes de marchandises (hors transbordement). Rien qu'en 2025, le port a franchi un cap historique en dépassant les 555 000 EVP traités et les 12 millions de tonnes, avec une progression des volumes conteneurisés de 19 % sur un an, tout en injectant près de 1 400 milliards de FCFA de recettes douanières dans l'économie nationale.
Cette dynamique s'appuie sur des infrastructures de classe mondiale. La mise en service officielle de la Phase II en mai 2025 permet désormais d'accueillir des géants des mers de près de 24 000 EVP et 400 mètres de long, dotés d'un tirant d'eau de 16 mètres. La consécration se lit aussi dans la connectivité maritime internationale : selon la CNUCED, Kribi se classe au 151e rang mondial (parmi les 17 % des ports les mieux connectés de la planète), avec un score de 172,8 points en progression de 13,4 % sur un an. Des armateurs de premier plan mondial — MSC, CMA CGM, COSCO Shipping, Maersk et Marguisa — continuent d'y déployer leurs services réguliers. Des indicateurs aussi éclatants confirment que le Port de Kribi demeure un moteur de croissance incontesté, parfaitement armé pour surmonter ses défis d'optimisation et s'imposer durablement comme le grand carrefour maritime sous-régional.
